McLaughlin Gertrude (Joanne of Christ) – 1913-1988

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UNE FEMME D’EXCEPTION : Sœur Gertrude McLaughlin, SNJM 

(Sister Joanne of Christ)

D’abord une éducatrice 

À travers tous ses engagements, sœur Gertrude a parfaitement actualisé le charisme de sa congrégation : l’éducation de la foi alliée à un souci de justice et une spiritualité centrée sur Jésus et Marie. Elle enseignera durant une vingtaine d’années aux élèves de langue anglaise, tout en poursuivant des études à l’Université de Montréal. En 1952, le pape Pie XII incitera les religieuses à améliorer leur formation théologique. Sensible à cet appel, sœur Gertrude fréquentera le nouvel Institut romain de Sciences sacrées Regina Mundi, au cours des années 1956 et 1957. Elle y soutiendra une thèse et obtiendra un Magister en Sciences sacrées. Son expérience vécue avec des religieuses du monde entier stimule son attrait pour les études bibliques.

Partager ses connaissances de bibliste

Engagée dans la formation des junioristes SNJM de 1957 à 1966, elle suivra des cours spécialisés en théologie et en Écritures saintes tout en préparant une maîtrise en Lettres anglaises. En 1965, elle deviendra directrice de la section anglaise du Centre biblique du diocèse de Montréal. Elle commence alors la rédaction du feuillet I Discover the Bible qui sera vivement apprécié. En 1968, Parole-dimanche, la version française de ce feuillet atteindra les 15 millions de copies distribuées. Sa qualité de rédactrice lui vaudra d’être proclamée « Femme fantastique » en 1972, honneur décerné à des femmes qui se sont distinguées dans divers domaines. 

Sa compétence, elle la partagera généreusement à l’intérieur de sa congrégation par l’animation de sessions et de retraites; la rédaction du Syllabus sur l’histoire de sa communauté; le choix de textes bibliques en lien avec les Constitutions révisées; la participation à l’élaboration du programme pour les personnes associées SNJM, etc.  Elle offrira de nombreuses sessions bibliques à d’autres congrégations religieuses aussi bien qu’à des adultes de différentes allégeances religieuses. Elle sera conférencière invitée au Collège Marianapolis, à l’Université McGill, au Séminaire de philosophie, etc. Elle fera partie de nombreux comités au diocèse de Montréal; les autres diocèses recourront aussi à ses services, de même que plusieurs Églises protestantes. 

Vivre l’oecuménisme

La publication du Décret conciliaire sur l’œcuménisme provoquera chez elle le désir de se rapprocher des autres confessions religieuses. Elle croit que ce texte écrit dans un vocabulaire non confessionnel peut s’adresser également aux non catholiques. Elle notera: « C’est la première fois que l’Église catholique reconnaît que l’Esprit Saint peut agir dans un mouvement surgi hors de l’Église. Celle-ci ne se considère plus comme le centre de l’unité, c’est le Christ qui en est le centre. » Dès 1965, avec quelques religieuses catholiques, elle participera à une rencontre œcuménique tenue à la Erskine American United Church de Montréal entre différents représentants des Églises chrétiennes. 

Pour sœur Gertrude, l’œcuménisme est une attitude d’âme, un acte d’Église qui ne cherche pas à convertir, mais à se présenter à l’autre avec sincérité et intégrité. En bonne éducatrice, elle organisera, pour les SNJM, une rencontre d’informations au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie. C’est ainsi que naîtra le projet d’une Rencontre œcuménique de religieuses (ROR) de diverses congrégations intéressées à prier et à travailler ensemble à l’unité chrétienne. Le ROR jouera d’ailleurs un rôle important dans la préparation du pavillon chrétien de l’Expo 67, à Montréal. 

Beaucoup d’autres engagements mériteraient d’être soulignés. Sœur Gertrude a été membre du Dialogue anglican-catholique romain, consultante au Centre œcuménique de Montréal, membre du groupe fondateur des Églises du Canada et de la Conférence catholique canadienne, déléguée à l’Assemblée triennale des Églises, participante régulière au dialogue judéo-chrétien,  etc. Le pape Paul VI reconnaîtra son engagement en lui décernant la médaille « Pro Ecclesia Pontifica ». Pour sa part, le père Irénée Beaubien, s.j., lui rendra ce témoignage :

« Sœur Gertrude était toujours prête à collaborer avec le Centre d’Oecuménisme canadien. Je me rappelle d’elle comme une femme de convictions profondes, capable d’enseigner la Parole de Dieu avec autant de compétence que de clarté. » 

Favoriser l’épanouissement des femmes dans l’Église

Bien avant que l’on discute du rôle des femmes, sœur Gertrude prêchait déjà des retraites aux femmes anglicanes et aux diaconesses américaines. À leur contact, elle se sentira interpellée par la question du diaconat. Le concile Vatican II avait rétabli le diaconat masculin. Ce type de ministère présent dès le début de l’Église ne pourrait-il pas redevenir accessible aux femmes? Son expérience partagée avec les diaconesses luthériennes durant 17 ans et le Colloque international de 1972 lui avaient démontré l’importance de l’exégèse biblique pour la promotion des femmes.

En 1983, à la demande de l’Assemblée des évêques du Québec, sœur Gertrude produira le document La marche vers la restauration du diaconat pour les femmes. Son étude ne changera rien à la décision de Rome. Fidèle au Magistère et à la mission de l’Église, la bibliste n’en continuera pas moins son rôle d’éducatrice et d’agente active en faveur de l’épanouissement des femmes. Elle s’intéressera à la Conférence sur l’ordination des femmes tenue à Détroit en 1975 et soutiendra certaines religieuses américaines réprimandées par Rome pour leurs initiatives avant-gardistes.

Témoigner d’une grande ouverture de cœur et d’esprit

Femme de grande notoriété, sœur Gertrude McLaughlin a été un phare précieux pour sa congrégation et pour l’avancement de l’unité des Églises. Son aisance à établir des liens entre les générations, entre les Églises et entre les cultures découlait de ses qualités humaines et de la profondeur de sa foi envers Dieu et envers la personne humaine. Son propre témoignage révèle sa totale disponibilité et sa grande ouverture de cœur et d’esprit :

« Quand je vais au-devant de l’autre, qu’il soit de mon Église ou non, je le fais dans l’intégrité de ma foi. Je ne me mets pas en sourdine. Je témoigne franchement et ouvertement de ce que je crois, mais aussi je me présente humblement, car c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. » 

Bibliographie
  • Archives SNJM
  • LAPERLE, Dominique, Entre Concile et Révolution tranquille. Les religieuses au Québec : une fidélité créatrice. Médiaspaul 2015, p. 209-219.

Notes biographiques

Gertrude McLaughlin (1913-1988) est née à Montréal de parents irlandais : Charles McLaughlin et Ann Florence Griffin. Elle est l’aînée d’une famille de sept enfants.

Toute jeune, elle démontre déjà une intelligence supérieure. Elle complètera son High School au pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, à Outremont. Reconnue comme un puits de connaissances, elle s’intéresse à la politique, à la musique, aux langues, aux galeries d’art. Bien enracinée dans le concret de la vie, elle vous indiquera même le meilleur restaurant de crème glacée en ville. Ses compagnes la décrivent comme rieuse, sympathique, d’une piété simple et solide. Se heurtant au refus de ses parents, elle doit attendre ses 21 ans avant de réaliser son désir de vie religieuse chez les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM). Parfaitement bilingue, elle cherchera constamment à assurer une relation positive entre les groupes.