Billets spirituels

Billet spirituel - Mai 2022

Aller à la rencontre de sa propre vulnérabilité et du besoin de l’autre

Accueillir ma vulnérabilité

Si nous regardions de près nos fragilités, si nous osions les accueillir et même les dévoiler au regard de l’autre, nous pourrions découvrir qu’elles sont sources de vie. Et si nos failles nous conviaient à un plus d’être ? Plus de créativité, plus de solidarité, plus de lien, plus d’échanges… La minceur de la coquille de l’œuf ne permet-elle pas l’éclosion d’un poussin ?

Changer mon regard

Le premier énoncé des Actes du chapitre général de 2021, nous invite à adopter de nouvelles « attitudes » auprès d’une diversité de personnes. Devant la « différence » d’une opinion, d’un comportement, d’un style de vie, quelles peurs montent en moi ? Et si dans ma vulnérabilité, j’avais besoin de cette personne ?

De fort à faible (Mt 8, 5-13)

Écoutons le centurion, ce soldat romain en position de pouvoir qui ose avouer son impuissance et sa fragilité à ce juif nazaréen qui s’appelle Jésus. Il a dû coûter au centurion de supplier Jésus de guérir son serviteur, car la première réaction de Jésus est de résister (aux dires de certains exégètes). Mais le centurion insiste, argumente…Ce verset marque un tournant dans l’évangile. Jésus se prépare donc à se rendre chez un païen et est prêt à transgresser les pratiques du judaïsme. Le centurion n’en demandait pas tant. Il se contentera d’une seule parole… « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. »

Rappelons-nous que cette parole de demande d’un officier païen est mise sur nos lèvres dans la liturgie eucharistique. Affirmer qu’un étranger puisse être considéré comme ayant la plus grande foi en Israël est une déclaration paradoxale et scandaleuse. Les deux seules personnes qui sont déclarées comme ayant une grande foi sont deux étrangers. (Le centurion et la Cananéenne).

Le courage d’être vulnérable

Oser être vulnérable demande du courage parce que c’est être susceptible d’être touchée et même blessée devant l’incertitude de la réponse de l’autre. Il est possible aussi que la vulnérabilité de l’autre m’attire … Je suis dans la position d’aidante alors que ma propre vulnérabilité me fait peur. Être authentique tout en se sachant imparfait requiert du courage. Suis-je appelée à changer certaines de mes «attitudes» devant la diversité, devant la différence ? Suis-je assez solide à l’intérieur de moi pour oser afficher certaines de mes faiblesses et demander de l’aide même à l’étranger ?

Nos expériences

Puis-je me souvenir d’une rencontre où j’étais dans une situation de vulnérabilité ? Ai-je expérimenté un certain bonheur dans cette fragilité ?

Il y a quelques années, j’avais choisi de rencontrer des itinérants à la Maison du Père à Montréal et de servir de la soupe aux tables … Or mon malaise fut grand : je tremblais tellement qu’il m’était impossible de les servir sans risquer de les brûler! Mais voilà qu’un itinérant, tout en me souriant, m’offrit de m’aider et se servit lui-même … Ouf! J’allais le rencontrer et c’est moi qui avais besoin d’aide …

J’ai appris que le manque, l’incomplétude, le fait de ne pas tout savoir, de ne pas tout contrôler sont une bonne nouvelle pour la relation. Des failles peuvent générer de la vie.

Chantons avec Robert Lebel :

Nous portons un trésor dans nos vases d’argile : argile de nos corps, trésor d’Évangile.

Questions de partage :

  1. Quelle est ma plus grande peur ?
  2. Quelles relations j’entretiens avec ma vulnérabilité? mon courage? ma foi ?
  3. Ai-je le goût de partager une expérience de fragilité où j’ai osé demander de l’aide ?

Préparé par Jacqueline Boudreault, snjm

Billet spirituel - Novembre 2021

« Dans la rencontre, j’expérimente qui je suis vraiment. Je découvre en moi des aspects cachés.

Ce qui ne pouvait vivre encore prend forme. Je m’éveille à une vie nouvelle »[1].

Véronique : une rencontre empathique

Le Chapitre général 2021 nous invite dans sa première orientation à « adopter de nouvelles visions du monde, attitudes et manières d’être par des RENCONTRES avec une diversité de personnes, de cultures, de traditions religieuses et de collaborations dans la mission ».

À la lumière de cette interpellation, laissons-nous inspirer par UNE FEMME, du nom de VÉRONIQUE, que des siècles de tradition orale nous ont révélée.

Saint Luc écrivait déjà dans son évangile que « le peuple en grande foule, suivait Jésus, ainsi que des femmes » (Lc 23,28).

Et plus récemment, Joan Chittister, dans son livre « L’amitié entre femmes »[2], a su brillamment mettre en valeur ce récit biblique, dont nous nous sommes inspirées.

La tradition orale a retenu le nom d’une femme : Véronique. Celle-ci regarde le corps tuméfié et ensanglanté de Jésus qui s’avance péniblement, seul, vers le Golgotha. Incapable de supporter la douleur dont elle est témoin, elle s’élance hors de la foule, bouscule les gardes, et, dans un geste de pure compassion, essuie de son voile la sueur et le sang du visage de Jésus.

Véronique, continue Chittister, c’est l’inconscient chrétien qui sait que les femmes du « face à face » ne détournent pas les yeux de la souffrance.  La qualité de l’amitié selon Véronique ne manque pas de force, ainsi, les femmes regardent vers d’autres femmes pour trouver une présence compréhensive, empathique dont elles ont besoin pour leurs affaires de coeur qui sont trop importantes et vitales qu’on ne saurait ignorer.

­­­­­­­­­­­­­­­L’amie Véronique prend son propre voile, s’expose aux yeux de la société, pour se faire baume là où il n’y a que souffrance. Véronique ne prétend pas résoudre le problème mais elle refuse de l’ignorer. Elle se fait présence manifeste et contradictoire, face aux structures de pouvoir oppressives qui l’entourent, gardienne des secrets, ancre sous le vent.

Et Chittister continue. Les femmes qui reçoivent l’appel de Véronique dans leurs relations accordent une grande attention à l’autre sans désir de possessivité et sans en tirer avantage. Maude Preston décrit l’expérience : « Il n’y a pas grand chose que je puisse faire, mais je peux m’asseoir avec toi, et plaisanter ou partager avec toi quelque difficulté, pour marquer une pause sur notre route ».

Avec les Véronique de l’amitié, de poursuivre Chittister, c’est la force de résistance qui compte, la conscience au second degré qui permet à la femme de passer d’une heure difficile à une autre, les bras tendus et l’esprit ouvert […] Avec une Véronique à ses côtés, on peut continuer de marcher, continuer de porter le poids du jour qui, un instant plus tôt, semblait insupportable […] Véronique ne fait pas disparaître la douleur. Elle ne peut que la soulager par la force de sa présence et son message de réconfort : tiens bon, je suis avec toi.

Le 25 mai 2020, nous avons vu un homme mourir « face contre terre sur le trottoir et au-dessus de lui, un homme en uniforme »… ces 8 minutes et 46 secondes ont incité des millions de personnes à descendre dans la rue…représentant des personnes de tout âge, sexe, ethnie, race et religion, unies dans la solidarité (…) Nous sommes appelées à vivre les valeurs et les attitudes de l’Évangile qui sont plus que nécessaires dans le monde d’aujourd’hui. Il s’agit notamment de l’empathie, de l’ouverture à l’autre, du partage et de l’enrichissement mutuel, de la rencontre et de l’accueil de l’étranger, de l’inclusion, du respect de l’autre, de la célébration de la différence, du développement des liens profonds au-delà de tout ce qui divise et sépare » (Pat Murray, Rome, Juillet 2021).

Sœur Jacqueline Aubry et sœur Jeanne Dagenais

Questions pour la réflexion et/ou le partage

1- a) Qu’est-ce qui est neuf pour moi dans ce texte ?

1- b) En regardant mon histoire, me rappeler une rencontre où une personne différente, s’est rapprochée de moi avec empathie et laisser monter les sentiments qui m’habitent encore aujourd’hui…

2-  Me rappeler la dernière fois où j’ai fait un pas vers la souffrance de l’autre…

UNE RENCONTRE RÉUSSIE APAISE ET GUÉRIT

[1] La joie de la rencontre, Grün, Anselm, Médiaspaul, 2007.
[2] L’amitié entre femmes, Chittister, Joan, Bellarmin, 2007.

L’appel de nos vies! L’APPEL À LA VIE! - Avril 2021

En mars dernier, je recevais un appel téléphonique d’une jeune sœur libanaise que j’avais accompagnée lors de son séjour d’études à l’Institut de Pastorale au Québec.

C’était un appel d’une personne en détresse!

La jeune sœur venait d’être témoin de la plus dévastatrice explosion au port de Beyrouth, à proximité de sa résidence.  La radio annonçait que le drame avait causé 160 morts, plus de 5000 blessés et des centaines de milliers de sans-abri qui jonchaient les rues truffées de ferraille et de briques. En larmes, la jeune religieuse craignait que sa sœur aînée et sa nièce qui travaillaient dans les boutiques du Vieux- Port soient blessées ou atteintes d’un projectile ou mortes sur-le-champ. En arrière-plan, elle et ses quatre compagnes de la communauté se demandent comment elles pourront porter secours aux jeunes familles du quartier qui frappaient déjà à leur porte pour nourrir leurs enfants?  Elles leur préparaient quelques plats cuisinés que parents et enfants appréciaient bien. Sans farine,  ici c’est la famine! D’un son étouffé, l’une d’entre elles répétait ce que le gardien du port affirmait à haute voix : « Le pain est la seule chose qui peut rassasier les pauvres d’ici ». Les sœurs se demandent maintenant ce qu’elles peuvent faire puisque les silos de farine et de céréales ont volé en éclats lors de l’explosion. Elles savent que les pauvres n’auront pas l’argent pour s’en procurer car c’est beaucoup trop cher au marché public.

L’appel de ma vie!

Comment répondre à cet appel, plein de douleurs, de tristesse contenue et d’attentes « miraculeuses »? L’appel m’est adressé au cœur du quotidien, sans aucun avertissement. J’entre dans une dynamique du provisoire comme le disait le P. Roger Schult de Taizé. Seul l’instant présent compte et m’incite à réagir. A 7 heures de décalage au fuseau horaire, le moment présent a valeur d’éternité! Je me fais proche, comme le Bon Samaritain, de la personne accablée par la tragédie. J’écoute chaque  inquiétude nommée, chaque respiration saccadée, chaque incertitude balbutiée.

Je suis sans pouvoir pour résoudre cette situation dans l’immédiat. Je me fais « écoute », j’épouse le langage du cœur, de la proximité, de la compassion. Je risque quelques paroles de consolation qui auront peut-être un retentissement dans la vie de foi de ces sœurs. Elles savent par expérience que la souffrance n’est pas un mot usuel mais que c’est une  réalité qui a pris place au quotidien dès leur enfance. Elles ont vécu des temps d’exil en montagne avec leur famille, des abandons de leur maison au village pour éviter la rafle des ennemis, des stratégies multipliées pour échapper au bombardement dans les écoles et dans les hôpitaux.

L’appel de ma vie, en ces circonstances précises, consiste à entendre des questions sans solutions immédiates, des incertitudes sans horizon, des fragilités sans espoir. L’appel se vit dans l’humilité en étant « écoute » à la manière d’Eulalie Durocher et non dans le triomphe du savoir.

Deux jours après l’explosion, des universitaires se réunissent avec des animateurs et animatrices désignés pour prier et réfléchir sur la tragédie qu’ils ont vécue. Une question leur est posée «  Comme les disciples d’Emmaüs, chemin faisant, qu’avez-vous vu dans votre quartier et que voulez-vous faire »?

Les jeunes ont du mal à retenir leur désespérance devant l’insouciance des dirigeants, leur désarroi devant les ruines de la ville, leur colère vive devant la destruction de leur école. Chemin faisant dans le quartier, les jeunes ont croisé des sages du pays qui les ont invités à se tenir debout, à se relever pour construire un monde plus juste. Devant cette « sagesse », les jeunes ont décidé avec leurs animateurs, d’affirmer la toute-puissance de la vulnérabilité de Dieu en déposant l’Ostensoir au centre des débris. Ils se sont recueillis en méditant l’appel de Michée :

« On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que Yaweh attend de toi : Rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu ». (Michée 6,8) 

Au même moment, dans toutes les vitrines au Québec, on voit le signe de l’arc-en-ciel qui signifie « Ça va bien aller ». Si nous lisons ce signe à la manière de Dieu, décrit dans la Genèse 9, 9-17, nous constatons que l’arc-en-ciel est avant tout un signe d’alliance, de communication et de relation. L’arc symbolise le Christ qui nous invite à entendre les appels de nos frères et sœurs en humanité, quelle que soit leur origine.

Prière

Je sens toute mon impuissance devant autant de misère.

Apprends-moi, Seigneur à être présence et service auprès des gens qui souffrent.

Sans toi, je ne peux rien. Inspire-moi le bon geste que tu aurais accompli, toi, afin de redonner vie, à celui ou celle qui dépérit.

(Prier la Parole, mars 2021 p. 4)

 

Questions pour la réflexion :

  1. Comment réagissez-vous à la lecture de ce récit?  En quoi est-il significatif pour vous?
  2. Comment exprimez-vous le signe de l’arc-en-ciel à la manière de Dieu?

 

Yolande Frappier, s.n.j.m.

L’appel de Simon-Pierre - Novembre 2020

« Toi…suis-moi »  (Jn 21)

Cette parole m’arrivait à tout instant. Comme une écharde au cœur. Une des premières paroles entendues de lui. Ce fut la dernière. Restée vive … C’était après une rencontre intime avec lui… Il me voit devenu vieux, dépendant des autres, et me le dit … puis « Suis-moi » qu’il me dit. Moi, je m’inquiète pour Jean qu’il aime tant. Il me répond sur le champ : « Que t’importe! Toi suis-moi! ». Comme s’il disait : « Arrête de tourner en rond, suis-moi ». Le suivre !  Mais Jusqu’où ?

Son premier appel me monte soudain au cœur. (Luc 5). J’avais pêché toute une nuit! Moi, Simon, connaisseur de la mer, des marées, de l’heure et du lieu où abondent les poissons, je reviens bredouille ce matin-là! Rien! Lui est là sur la grève… Il monte dans ma barque pour parler aux foules…. Puis il commande : « Avance au large et lâchez vos filets à droite ». J’hésite mais, sur sa parole, je lâche les filets… Quel résultat ! Les filets débordent. J’appelle les Zébédée à mon aide.

Quand j’aperçois Jésus sur la grève, profondément bouleversé, je tombe à genoux, indigne que je suis! Mais il me dit de ne pas craindre car, désormais, je pêcherais des êtres humains… Un peu naïfs, nous laissons tout, filets, barques, et nous le suivons… Il venait de me nommer Pierre ! J’ignorais pourquoi.

Nous le suivons avec cœur ! Sans toujours comprendre, nous faisons route avec lui…un jour à la fois…avec nos questions, résistances, rêves ! Jusqu’au jour où tout craque… Après tout le bien qu’il a fait, Il est mis à mort. Et nous fuyons… J’ai même honte d’avouer à une servante que je le connaissais… J’entends le coq, je croise son regard à lui… Je pleure à chaudes larmes…  Mais, pauvre de moi, je ne monte pas avec lui sur le sommet où il est crucifié. Lui aussi… mort!  Comme tout le monde ! Devrai-je monter là un jour pour le suivre ?

Des femmes disaient qu’’il était  vivant ! Comment les croire ? Vivant ! Comment ? Où ?

Un soir, je décide de retourner pêcher comme avant avec des compagnons… (Jn 21). Longue nuit en mer… Efficacité zéro ! Comment oublier cette gênante question de quelqu’un que je ne reconnais pas : « Hé ! Les enfants ! Avez-vous du poisson ? » Piqué au vif, déçu, je réponds un NON sec. L’inconnu dit : « Jetez les filets à droite et vous prendrez »… Nous le faisons. Quelle pêche ! Quelle fécondité ! Jean, que Jésus aime, flaire vite que c’est lui. Et moi, Simon, me sentant nu, je prends mon vêtement de Pierre, je me jette à l’eau pour le rejoindre…

Éclairé par la Résurrection

Surpris, nous apercevons, sur la grève, … un feu de braise, du poisson, du pain. Tout est là, tout est donné… Mais Il a la délicatesse de nous demander d’apporter des poissons, donnés par Dieu certes, mais que nous, nous avons sortis de l’eau. Personne n’ose lui demander qui il est… Nous sentons tous que c’est lui… Surtout qu’’il prend ensuite le pain et les poissons pour nous les donner à manger, les nôtres avec les siens… Mais ça goûte tellement différent…

En vue de la mission

Vous dire l’après-déjeuner qui fut, pour moi, le pic du repas où nous avons pressenti sa présence ! Me prenant à part, moi Simon, fils de Jean, il me demande par trois fois si je l’aime…Ça fait mal… Pierre en moi est peiné… Loin de me reprocher mes reniements, il répète que, si je l’aime, j’ai à prendre soin des siens… J’ai pris du temps à saisir…ce qu’il voulait me dire.  Pierre c’était un nom pour ma mission. Toujours pêcheur, mais désormais ce sera pour libérer les siens, devenus les miens, de leurs filets !

Je suis heureux d’être passé de la poursuite d’efficacité sans Lui à l’expérience de la fécondité avec lui dans ma fragilité. Heureux d’avoir reconnu sa présence au cours du repas partagé sur la grève de nos vies, d’avoir apporté quelque chose du monde qu’il aime tant pour l’offrir avec lui, d’avoir mangé ensemble avec lui puis d’avoir écouté ses trois « m’aimes-tu… », ses trois « prends soin des miens » et, quand je m’inquiétais de Jean…son incontournable « toi, suis-moi », un jour à la fois dans la voie de l’amour avec Lui… Jusqu’au bout !

Rita Gagné, osu[1]

Questions :

  1. Comment es-tu touchée par l’appel de Simon-Pierre? Quelle étape de son cheminement t’interpelle?
  2. Appelée à faire route avec Jésus, à le suivre, quel appel pressant entends-tu, aujourd’hui, en chemin?

 

[1]    Rita Gagné : Née en 1938 à Grande-Vallée en Gaspésie, sœur Rita entre chez les Ursulines à Rimouski en août 1955 et fait profession religieuse en1958. Elle enseigne et fait des études en philosophie et en théologie. Elle travaille en pastorale plus de 20 ans au diocèse de Gaspé. Elle anime des retraites pour différents groupes un peu partout au Québec pendant 40 ans. Elle termine un mandat de cinq ans comme conseillère générale de sa communauté.

Aller à la rencontre de l’autre différent : Les amis de mon père - Mars 2020

Il s’appelait Dave. Il s’appelait Walter. Juifs, ils étaient ses amis, ses compagnons de travail. Enfant, je ne comprenais pas leur langue – l’anglais – mais, maintes fois hospitalisée, je ressentis leur intérêt et leur affection dans leurs nombreuses largesses à mon égard. Ce fut là mon premier contact déterminant avec « l’étranger », l’autre différent. Leur bienveillance déposa en moi plus qu’un souvenir : un questionnement, une perplexité envers cet humain autre que moi mais, en même temps, si proche.

Bien longtemps avant l’accueil que mon père leur fit à notre table, un nomade, étranger lui-même sur le sol qu’il parcourait, accueillit sous sa tente des visiteurs qui lui révélèrent le Visage de l’universelle fraternité. Il s’appelait Abraham. À son exemple, combien d’humains ne se sont-ils pas mis en situation de reconnaître ce visage dans les parcours du quotidien ?

Étudiante en sciences des religions, j’y ai fait la connaissance de Carmen. Convertie à l’Islam à l’âge adulte, sa remarquable générosité, plus encore que son observance  des cinq piliers de la religion musulmane, témoigne de son souci de « devenir une meilleure personne », selon ses propres mots. Elle poursuit : « La pratique religieuse est un engagement véritable à améliorer notre vie et à changer le monde par nos actions personnelles, politiques, économiques et écologiques ». Et comment vous présenter Samir, cet autre musulman, enseignant respectueux, dont les conversations impromptues mais si peu banales ont enrichi mon travail à la direction d’un centre de francisation pour personnes immigrantes ? Père dévoué d’une famille nombreuse, il témoignait d’une foi intégrée, source du don sans réserve envers les siens et de sa loyauté comme employé. Leur amitié à tous deux a élargi et enrichi cette première brèche de mon enfance sur cet Autre dont nous cherchons souvent le nom.

Et voilà que surgit Miki, jeune Malaisienne à qui j’apprends le français. Elle qui se reconnaît humaine et charitable ne s’inscrit sous aucune religion. Timide et par nature réservée, sa douceur et ses délicates attentions lui tiennent souvent lieu de la langue courante de chez-nous. À quel lexique puise-t-elle cette sensibilité reconnaissante ? Elle qui a vécu sous diverses latitudes, qui a immigré sans aucune famille, où est la source du don qu’elle fait d’elle-même auprès des tout-petits d’une garderie ?

En refermant les pages de cet album très personnel, j’ouvre les pages de ma propre recherche. Car toutes ces rencontres aiguisent le désir de connaître, de marcher sur des chemins dont d’autres humains partagent le sens et l’horizon. Et il convient de prendre au sérieux toutes ces personnes qui font de leur mieux pour donner plus d’humanité à notre monde. Sans elles, sans référence au sens humain de la vie, on peut douter du sens religieux qui vient alors comme se surajouter. Dans combien de passages des évangiles ne voyons-nous pas Jésus répondre à des demandes qui sollicitent exclusivement  sa pitié, sa compassion, sa sollicitude envers des souffrants d’humanité ? Avant de faire référence à Dieu, avant d’offrir son salut, ne faut-il pas, au préalable, qu’un événement soit matière à cette révélation par sa densité humaine ? Si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? Dans son ouvrage imposant, L’Histoire des hommes, récit de Dieu, le grand théologien Edward Schillebeeckx affirme que la médiation incontournable de la présence, de l’action divine, c’est l’humain.

En remontant aux sources religieuses ou spirituelles qui vivifient l’agir des uns et des autres, nous trouvons une intuition commune qui nourrit ces nomades de la foi que nous sommes : aucune affirmation sur Dieu ne saurait être définitive parce que ce sont des humains qui en sont et les récepteurs et les émetteurs. De quelque horizon qu’ils viennent, les chercheurs du Divin, par des routes différentes, découvrent et défrichent un territoire commun : celui d’une humanité qui s’accomplit dans la pratique universelle de la règle d’or.

Le grand philosophe juif Martin Buber, dans son livre Le chemin de l’homme, écrit que « dans chaque être, il est un trésor qui ne se trouve en aucun autre ». Ce partage du trésor que chacun, chacune possède tisse nos histoires d’âge en âge, comme le dit le psalmiste, de continent en continent comme le renvoient les actualités du petit écran. Quant à moi, la façon dont je choisis d’incarner ma solidarité humaine me ramène finalement à ces exemples appris dans l’enfance, à ces amis de mon père invités à la table familiale.

Réflexion/Échange

  1. Quelle personne ou quel événement aurait éveillé en vous un questionnement sur votre propre cheminement de foi ? Vous rappelez-vous en quelle circonstance ?
  2. Avez-vous déjà fait l’expérience de vous sentir proche d’une personne d’une autre foi, d’une autre pratique religieuse que la vôtre ? En quelles circonstances ?

Lise Bluteau, s.n.j.m.

Aller à la rencontre de notre Mère, la Terre – Janvier 2020

 « La destinée des humains ne peut être séparée

de la destinée de la terre ». (Thomas Berry)

Cette année, nous sommes invitées à réfléchir sur le thème : Aller à la rencontre, une mission. À cet effet, l’accent est mis sur la rencontre qui vise à favoriser une relation mutuelle enrichissante.  Malheureusement, les traductions bibliques de la Genèse 1, 28 ont utilisé les mots « maîtrise », « domination» et « conquête » pour décrire les relations de l’humanité avec notre maison commune que saint François d’Assise reconnaît comme notre sœur, Mère Terre. Le pape François remarque aussi que nos relations avec notre maison commune en a souvent été une d’abus, d’exploitation ou de simple indifférence. Une conséquence évidente : notre Mère Terre, un être vivant, est en crise.

Thomas Berry, un écologiste du 21e siècle, nous rappelle souvent  que « En tant qu’humains, nous sommes nés de la Terre, nous sommes guéris par la Terre. » Il suit l’exemple  des peuples indigènes qui, à travers  le monde, vivent une tradition de justes relations avec Mère Terre.

« Nous n’avons pas tissé la toile de la vie; nous n’en sommes qu’un fil. Tout ce que nous faisons à la Terre, nous le faisons à nous-mêmes. »  (Chef Seattle)

Au nombre des ressources offertes pour la campagne de Développement et Paix 2019, et qui mettait la lumière sur l’Amazonie, nous trouvons une vidéo présentant une entrevue avec deux Péruviens, Yesica et Hector. Yesica soutient que les peuples indigènes ont toujours vécu en harmonie avec la nature : « Notre vision du monde reconnaît les rivières comme nos sœurs et tout animal comme faisant partie de nous. »  Elle ajoute : « Si l’Amazonie disparaissait, c’est probablement toute l’humanité qui disparaîtrait puisque c’est ici que sont préservées les forêts qui constituent une source de vie. »

Ce couple nous laisse quelques questions.

  1. Que préférez-vous : des ressources telles l’huile, l’essence et l’or ou la préservation de toute création, incluant la vie humaine ?
  2. Que laisserons-nous aux générations futures ?
  3. Quels changements devrions-nous apporter à notre mode de vie ?

Voir le texte Zéro déchet, un mode de vie? (Envoi du 13 novembre 2019)

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voilà, cela était très bon. » (Gn 1, 31)

La Bible nous invite également à une spiritualité centrée sur la création; à une meilleure connaissance et expérience de notre bien-aimée Mère Terre. Ainsi, nous parviendrons à mieux l’aimer  et nous prendrons  soin de toute la création.

« Nous le savons bien, en effet : jusqu’à présent la création tout entière est unie dans un profond gémissement et dans les douleurs d’un enfantement. (Toutefois, le dessein de Dieu est) que la création elle-même sera délivrée de l’esclavage de la corruption pour accéder à la liberté des enfants de Dieu ». (Rm 8,21 -22)

Nous reconnaissons que Dieu a créé les êtres humains pour qu’ils vivent dans la mutualité et la réciprocité avec toute la création; qu’ils sentent la vie en elle; la présence du feu de l’amour de Dieu en elle.

Les Actes du 31e Chapitre général stipulent qu’en tant que (peuple) de la terre, nous participons à renouveler la terre en reconnaissant notre interdépendance avec toute la création.  Sœurs et personnes affiliées SNJM, nous voulons être des instruments d’amour, de compassion et de guérison, restaurant ainsi notre Mère Terre.

Dieu de feu, parlant dans le feu (Dt 4, 36)

allumant le feu sur la terre (Lc 12, 49)

et sur les disciples de Jésus (Ac 2, 1,3)

enflamme nos cœurs d’un amour pour ta création entière :  rallume en nous un respect pour le cosmos et pour notre Terre.

Donne-nous une compassion pour tous les êtres vivants, spécialement ceux qui souffrent. (Mt 25, 31-46)

Prière du 31e Chapitre général

Nous savons bien que nos prières et nos actions doivent se vivre en conformité, que nous devons prendre des actions concrètes pour l’environnement, actions qui impliquent souvent un élément de sacrifice. En 2008, nous avons effectué une prise de position collective sur l’eau en tant que droit humain et bien public. Nous nous sommes engagées à protéger l’eau et à soutenir des actions et des politiques qui garantissent un accès universel à l’eau potable pour tous. Dans nos prières, nous nous souvenons de tous ceux et celles qui souffrent d’inondations ou de sécheresse et d’un manque d’eau potable, en particulier les habitants du Lesotho. Les paroles de Thomas Berry nous donnent espoir :

« Nous ne manquons pas de forces dynamiques nécessaires pour créer l’avenir. Nous vivons plongés dans une mer d’énergie au-delà de toute compréhension. »

Questions de réflexion et de partage

  1. Qu’est-ce qui suscite mon admiration dans la création?
  2. Quelles actions concrètes avons-nous prises ou pourrions-nous prendre pour réhabiliter la terre?

En tant que participantes privilégiées à la vie de la Terre Mère, nous sommes appelées à aimer, à prendre soin et à célébrer toute la création de Dieu. Célébrons avec les paroles de saint François :

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau
laquelle est très utile et humble, et précieuse et chaste.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre Mère Terre,
laquelle nous soutient, nous gouverne,
et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour toute ta création!

 

Dorothy Guha, personne associée en collaboration avec l’Équipe de leadership du Québec

La mission… un feu qui ne s’éteint jamais. - Printemps 2019

On dit qu’Épictète, un philosophe grec, se voyait comme l’envoyé des dieux, pour ranimer chez les hommes, par son enseignement et son témoignage, l’étincelle divine qui est en eux.

Jésus se décrit comme l’envoyé du Père pour apporter à l’humanité la vie en abondance, par sa parole et ses œuvres.

Être en mission, c’est donc être choisi et appelé par plus grand que soi pour être envoyé vers d’autres personnes afin de leur livrer un message, de réaliser une tâche précise.

« Si le Père vous appelle à aimer comme il vous aime

dans le feu de son Esprit, bienheureux (ses) êtes-vous! »[1]

C’est moi qui vous ai choisies… (Jn 15,16)

Beaucoup de personnes se découvrent un jour une passion pour l’art, la science, le jardinage, le sport, ou encore pour les droits humains, l’éducation, la justice…Un feu intérieur les fait vivre, les pousse à parler du bonheur qu’elles trouvent dans leurs engagements. Contagieuses, elles suscitent souvent le désir de les imiter. Même après la retraite, la passion ne les quitte pas…

Pensons à Moïse au buisson ardent, à Isaïe purifié par un tison brûlant, aux disciples saisis par le feu de l’Esprit, à Marie-Rose Durocher: « Je suis venu pour allumer un feu… » Ce feu allumé les a rendus capables de répondre : « Me voici…je viens… envoie-moi… »

Quand Jésus nous dit : « Je vous ai choisies… », il nous communique lui aussi sa passion pour le Royaume, c’est un feu dévorant qui engage toute la vie…

Choisies et appelées, mais pour livrer quel message? À la suite de Jean le Baptiste, l’index pointé vers Jésus, nous sommes appelées nous aussi à désigner Jésus, à le révéler : « C’est lui l’envoyé du Père, c’est lui qui libère et sauve, c’est lui qui guérit… c’est lui…. » Voilà notre unique mission.

Et nous, quand et comment dans notre histoire personnelle, avons-nous été saisies par cette passion pour le Royaume, par cette soif de révéler Jésus ? Cette flamme nous habite-telle encore ?

« Si le monde vous appelle à lui rendre une espérance,

à lui dire son salut, bienheureux (ses) êtes-vous! »1

…afin que vous alliez…

Jésus ne précise pas où, comment et vers qui il faut aller… Il laisse cela à notre discernement.

Pour apporter au monde une espérance, le pape François lui, nous invite à redevenir une Église en sortie vers la périphérie… Faudra-t-il traverser les mers ? La périphérie est peut-être à proximité… chez moi d’abord, chez des personnes que je côtoie chaque jour ou encore dans le milieu familial, intergénérationnel, culturel ou spirituel.

Sortir de nous-mêmes, ne pas nous retrancher entre nous, bien au chaud, garder le souci de ceux et celles qui ne sont pas de la bergerie, qui attendent un signe d’espérance…prier pour ces personnes… être une communauté ouverte, accueillante, qui accepte d’être interpellée et qui est prête à engager le dialogue…cela répond à l’invitation de François à sortir vers la périphérie.

Et nous en 2019, quelle porte faut-il ouvrir pour communiquer notre compassion, notre espérance, surtout notre joie à un monde qui change et qui cherche ?

Vers qui, chaque matin, Dieu nous envoie-t-il ? Qui le Seigneur nous a-t-il envoyé aujourd’hui pour nous évangéliser ?

 

« Si l’Église vous appelle à peiner pour le Royaume,

aux travaux de la moisson, bienheureux (ses) êtes-vous! »1

 

… afin que vous portiez du fruit, un fruit qui demeure…

Quel fruit auront produit chez les autres nos paroles, nos attitudes ? Aurons-nous fait une différence là où nous serons passées ? Difficile à évaluer, c’est le secret de Dieu. Les échecs apparents auront peut-être été plus féconds que les réussites… Jésus en sait quelque chose…Quant à nous, parce que la mission en son Nom nous aura émondées, sculptées, elle aura fait de nous des personnes transformées, plus humbles, plus compatissantes, plus libres, plus aimantes…Quels beaux fruits…!

Actuellement, nous sommes comme des artisanes qui confectionnent une tapisserie mais ne voient que l’envers de l’œuvre d’art, que des fils enchevêtrés.  À  notre insu, Jésus travaille à l’endroit et il aura réalisé en même temps sa propre mission en nous… Quelle surprise lorsque nous verrons notre vrai visage, reflet de sa lumière, reflet de son amour! Ce sera mission accomplie!

Prière pour la mission

Bienheureuse Marie-Rose Durocher

Femme au cœur de feu,

Viens raviver le sens apostolique de nos vies.

Que par nos attitudes, nos paroles, notre action,

Jésus soit aimé et révélé

Comme Fils et Sauveur dans l’Esprit. Amen.

Jocelyne Latreille, s.n.j.m.

en collaboration avec l’ÉLP

1. « Si le Père vous appelle », T. : Didier Rimaud, Musique : Jacques Berthier

Un avenir plein d’espérance - Janvier 2019

Le thème choisi par la province cette année : un avenir plein d’espérance suscite-t-il un certain doute en nous ? Craignons-nous d’être emportées dans des sphères hors de nos possibilités réelles ? L’apôtre Pierre (1 P 3, 15) nous incite pourtant à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Voyons donc quels sont les fondements de notre espérance. Quelle est notre espérance aujourd’hui ? Quelle est sa force de témoignage ? Comment peut-elle transcender le temps ?

FONDEMENTS BIBLIQUES ET THÉOLOGIQUES DE NOTRE ESPÉRANCE

Pour notre vie, l’espérance est comme une ancre. He 6, 19

Les textes bibliques nous montrent l’espérance d’êtres humains appelés et habités par Dieu (Abraham, Moïse, Marie, etc.) qui se mettent en route; qui s’engagent vers l’inconnu en plaçant leur confiance en un Dieu de justice et de tendresse. Pour leur part, les cris des psaumes nous révèlent toute la densité de l’existence humaine et de l’espérance que le peuple juif met en Dieu (Ps 62, 80, 126). Avec le Christ, notre espérance prend nom et visage. Sans nous délivrer de notre existence, parfois chaotique, elle nous ouvre des passages, des horizons nouveaux. Elle nous fait héritières de promesses d’avenir et de fécondité. Elle nous amène à croire que Dieu agit par son Esprit (He 6, 11-12) qui donne un dynamisme incroyable, une force qui nous dépasse infiniment.

R/ Tu es notre espérance, Seigneur, que nos vies s’enracinent en Toi.

NOTRE ESPÉRANCE AUJOURD’HUI 

Il y a une brèche en chaque chose, c’est par là qu’entre la lumière.  

Cette parole de sagesse du chanteur Léonard Cohen pourrait s’appliquer à notre situation présente. Croire à la lumière malgré les images pessimistes qui hantent nos écrans. Croire à l’avenir malgré notre sentiment de perte et nos incertitudes. Croire que notre relation d’intimité avec Dieu vient éclairer nos routes ombragées. Souhaiter le beau, le bon, le bien pour nous et pour notre monde. Désirer partager notre expérience de vie et notre vision du monde. Croire que l’espérance est un don qui se réalise ici et maintenant en Jésus ressuscité. Et ainsi, demeurer vivantes, en mission, jusqu’au bout de notre âge et notre entrée dans la vie éternelle.

R/ Tu es notre espérance, Seigneur, éclaire nos décisions.

SA FORCE DE TÉMOIGNAGE

Vous êtes manifestement une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant […] sur les cœurs. 2 Co 3, 3

Nos Constitutions « nous incitent à devenir signes et prophètes du Royaume dans un monde qui, aujourd’hui comme hier, cherche et espère » (no 7). Comment faire ? Sans doute d’abord par notre qualité d’être et nos attitudes d’authenticité, de compassion, de solidarité, d’ouverture, de prière, d’acceptation du réel. Par nos discernements communautaires, nous cherchons à actualiser notre charisme, à le partager ; à exprimer notre spiritualité « par notre vie et nos paroles » (Const. no 10) ; à dénoncer l’injustice, à nous soucier des plus vulnérables. Bref à rendre Dieu présent à nos milieux.

R/ Tu es notre espérance, Seigneur, fais de nous les témoins de ton Amour.

SA DURÉE DANS LE TEMPS

Qu’il ouvre votre cœur à sa lumière pour que vous sachiez quelle espérance donne son appel, quelle est la richesse […] de l’héritage qu’il vous a laissé en partage. Ep 1, 18

Notre présent n’est pas sans racines, sans histoire et il demeure ouvert à l’avenir. Nous venons de faire une relecture de nos 175 ans d’existence et d’engagement dans l’Église. Nous avons pu saisir que la transmission se vit à travers tous les âgesQue nous en soyons conscientes ou non, nous transmettons un peu de ce que nous sommes dans chacune de nos interactions. Nous sommes des êtres de transmission, voilà un motif d’espérance. C’est en se tournant vers l’espérance révélée par le Christ que la vie religieuse a toujours su se renouveler, répondant aux besoins des hommes et des femmes. Un des plus beaux dons à offrir au monde, celui de l’espérance.

R/ Tu es notre espérance, Seigneur, donne-nous de vivre et de transmettre l’héritage reçu en partage.

 

SUJETS DE RÉFLEXION ET D’ÉCHANGE

  • Quels sont les lieux d’espérance dans nos vies

et dans le monde ?

  • Je formule mon acte personnel d’espérance.

 

Simone Perras, s.n.j.m. en collaboration avec l’ÉLP

Bibliographie :

Temps de crise. Temps d’espérance? Élaine Champagne. Médiaspaul, 2011.

Transmettre. Ce que nous nous apportons les uns aux autres. Gallimard, Édito 2017, p. 197.

Ouvertes à la transformation - Avril 2018

Les transformations au cœur des événements de la société

…un maître de maison sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvrières pour sa vigne. (Mt 20,1)

Si le décret du Concile Vatican II Perfectae Caritatis sur la vie religieuse recommandait de tenir compte des traits particuliers du monde d’aujourd’hui (1965), nous avons été servies à souhait avec ce qu’on a appelé la Révolution tranquille, ce temps d’éclatement et d’effervescence sociale, ecclésiastique et religieuse.

Un grand bouleversement

La Révolution tranquille avec son slogan « Il faut que ça change! » a affecté comme jamais le monde de l’Éducation. Sans égard pour les communautés religieuses qui avaient, jusqu’ici, exercé un rôle de suppléance, l’État décidait d’assumer lui-même ses responsabilités. En 1964, il créait le Ministère de l’Éducation et établissait une plus grande cohésion dans son réseau d’éducation publique. Désormais, c’est l’État qui dicterait les programmes, le choix des manuels, la façon de reconnaître les diplômes, etc.

En conséquence, les collèges classiques allaient disparaître pour faire place aux écoles polyvalentes et aux GEGEP. Le réseau public s’étendrait aux régions. La formation des maîtres se ferait au niveau universitaire, donc, c’était la fin des écoles normales et du cours classique. C’était déjà l’amorce de la laïcisation de l’éducation, le statut confessionnel ne reflétant plus la société multiethnique.

Temps de désert

Longue épreuve à surmonter! Malaise chez les enseignantes et défis pour les autorités religieuses! « Le temps de la belle uniformité et du contrôle est révolu » (Dominique Laperle). Au-delà de ses émotions, frustrations, incertitudes, il faut rebondir, envisager l’avenir, négocier, user de créativité, se désapproprier. Les sœurs s’engagent à façonner une nouvelle structure institutionnelle. Ce qui ne se fait pas sans heurts ni tâtonnements, ni résistance, ni désertion de forces vives, déplorant la lenteur de la démarche.

Regard d’un témoin extérieur

Dans son livre Entre concile et révolution tranquille, Médiaspaul 2015,  Dominique Laperle fait le commentaire suivant :

Les sœurs étant désormais minoritaires dans le système scolaire et appelées par Vatican II à intervenir autrement et selon les signes des temps, un processus de redéfinition de l’apostolat s’amorce timidement (…). Plusieurs membres de la congrégation voient cette épreuve comme un moyen de relire l’œuvre de la fondatrice et de la relancer sous un angle neuf.

Charisme et mission

Les sessions capitulaires des années 1967-1968 ont donné lieu à de sérieuses réflexions. On y discutera de vie religieuse transformée; de nouvelles manières d’exister pour et avec les humains de son époque; du besoin d’une spiritualité unifiante et dynamique pour mieux saisir le sens de sa vocation de femme éducatrice, engagée dans une œuvre d’Église au milieu du peuple de Dieu.

C’est ainsi que le charisme se déploiera, que le concept d’éducation s’élargira pour devenir action libératrice, développement de toute la personne, et insertion dans la vie et la mission pastorale de l’Église. Le monde scolaire ne sera plus le principal lieu d’engagement. Les champs d’action se diversifieront pour répondre à une variété d’appels où s’allient foi et justice. Un nouveau souffle est donné à la mission.

La suite des jours

Et depuis, les Actes de nos chapitres généraux s’appliquent à préciser la direction par des appels renouvelés à l’ouverture et à l’engagement. Parmi les valeurs prônées, soulignons : la contemplation dans l’action; la solidarité avec les femmes et les personnes migrantes et réfugiées; la justice et les changements systémiques. Pensons aussi à la responsabilité sociale dans le choix de nos investissements; l’interdépendance pour la mission et pour un monde plus juste; les nouvelles formes d’association SNJM; l’écologie intégrale; l’usage des technologies modernes comme moyen de communication et regard posé sur notre monde.

Osons dire que notre pauvreté en ressources humaines est devenue richesse puisque notre mission est aujourd’hui partagée avec des laïques – personnes associées, coopérantes, laïques consacrées, partenaires. Qu’on pense à la relève institutionnelle dans nos écoles privées, aux professionnelles de nos infirmeries, à nos employé-e-s, etc. Des liens de collaboration se sont créés avec des organismes, des ONG, des congrégations religieuses, des réseaux, dont celui de Justice et Paix. Après consensus, des prises de position collective sont affirmées publiquement : l’accès à l’eau, la traite humaine, les migrants et réfugiés. Elles deviennent pour nous un ministère commun.

Moment de réflexion

Avec mon regard d’aujourd’hui, je me demande :

Comment les temps de désert traversés nous ont-ils ouvert des chemins de vie? Comment notre « vivre ensemble » et notre mission y ont-ils gagné ?

 

Nous te rendons grâce, Seigneur,

de nous appeler à approfondir notre mission

et à travailler à un monde meilleur.
Par nos gestes quotidiens, fais de nous

des porteurs et des porteuses
de vie, de paix et d’amour.

Simone Perras, s.n.j.m. avec la collaboration de l’ÉLP

Ouvertes à la transformation – Janvier 2018

Les transformations au cœur des événements de l’Église

Laissez Dieu vous transformer

et vous donner une intelligence nouvelle.

Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut :

ce qui est bien,

ce qui lui est agréable et ce qui est parfaitRm 12, 2

Poursuivant notre re-lecture des 175 ans d’existence de notre Congrégation SNJM, nous ne pouvons manquer d’être saisies par deux événements majeurs qui ont marqué à jamais notre destin communautaire. Il s’agit, bien sûr, du Concile Vatican II et de la Révolution tranquille vécue au Québec dans les années 60. Attardons-nous aujourd’hui au premier événement.

Dès le début de son pontificat, le pape Jean XXIII  a voulu donner un  nouveau souffle à l’Église. Et il convoqua le Concile Vatican II. Une œuvre de foi et de courage que poursuivra Paul VI, son successeur. L’un des décrets : Perfectae Caritatis (Recherche de la charité parfaite) s’adressait aux congrégations religieuses et les pressait d’entreprendre unaggiornamento, une rénovation spirituelle de la vie religieuse. Un défi de taille!

Il s’agissait de nous mettre à l’écoute de l’Esprit pour entendre les appels de ce décret :

  • à suivre le Christ des Évangiles,
  • à mieux saisir l’inspiration première qui a animé notre fondatrice (charisme),
  • à communier à la vie de l’Église par une mise à jour de nos connaissances bibliques, théologiques, pastorales, œcuméniques, missionnaires, sociales,
  • à discerner « les signes des temps » et les besoins de l’Église.

Concrètement, ce décret nous demandait de réviser nos constitutions, coutumiers, livres de prière, pratiques courantes, etc., afin d’être des disciples pour notre temps.

Notre Congrégation a répondu à cet appel avec sérieux, conviction et enthousiasme. Plusieurs sœurs ont apporté une contribution remarquable par leurs recherches et leurs écrits, leur travail de révision et de réécriture des Constitutions. Également, par les échanges communautaires, la participation aux chapitres généraux et diverses formes d’animation.

Quelques documents témoins

Le sommaire du 24e Chapitre général (1967) présentait les principes et les changements approuvés. Il invitait, entre autres, à plus de flexibilité par rapport à la vie spirituelle et communautaire, pensons aux fraternités… À plus d’adaptation à la vie réelle : nom civil, habit, visite dans sa famille, budget personnel, etc. À plus de participation et de responsabilité personnelle. Bref, à tenir davantage compte des exigences de la vie apostolique.

Le document À l’écoute de l’Esprit paru en 1968 venait en quelque sorte donner un esprit à ces changements. En voici un extrait significatif :

La figure de notre fondatrice nous incite à avancer (…) dans des voies de rénovation spirituelle et d’adaptation aux exigences des temps (…). Pour répondre à cette urgence, notre communauté repense la formation de ses membres, rajeunit ses structures, dans un esprit de service à l’Église et d’ouverture au monde; elle élargit l’éventail de ses activités apostoliques; elle approfondit, grâce aux lumières de la théologie rénovée, le sens de la vie consacrée. (p. 3 et 4)

Les Actes du 26e Chapitre général (1976) présentaient l’énoncé de notre charisme, ensuite formulé dans nos Constitutions et Règles (1985) :

En fidélité à l’esprit de notre fondatrice, nous sommes une communauté de religieuses  consacrées à Dieu, aux noms de Jésus et de Marie, et nous voulons,  par notre vie, proclamer la primauté de l’amour de Dieu. Animées par une charité active, nous collaborons à la mission éducative de l’Église par l’éducation chrétienne, surtout celle de la foi, avec un souci particulier pour les pauvres et les défavorisés.       (Constitutions No. 5)

Ces mêmes Constitutions nous engagent, sur les pas de Marie-Rose Durocher, à vivre notre consécration religieuse en termes d’appel et de réponse à Dieu. Elles nous incitent à servir ensemble, au nom de Jésus, par la chasteté qui est élargissement de notre capacité d’aimer; par la pauvreté qui est partage, solidarité, simplicité de vie et promotion de la justice; par l’obéissance qui est recherche commune de la volonté de Dieu; par l’actualisation de notre charisme centrée sur le plein développement de la personne.

Plus récemment, les Actes du 34e Chapitre général (2016) nous invitent à une vision renouvelée:

Dans un esprit de contemplation, nous puisons dans l’Évangile et dans la vision fondatrice de la bienheureuse Marie-Rose Durocher le courage d’avancer dans une vision renouvelée. Que l’Esprit nous incite à nous laisser interroger par les questions émergentes de notre temps. Que nous puissions agir avec audace et liberté en élargissant nos cercles de collaboration, en imaginant notre mission sous un jour nouveau, mission ouverte pour le bien du monde, de l’Église et de toute la Terre. (page 5)

Réflexion

Comment Vatican II a-t-il suscité ouvertures et transformations dans notre vie de prière, notre vie communautaire, nos engagements apostoliques?

Quel chemin avons-nous parcouru ensemble depuis 60 ans?

Action de grâce

Loué sois-tu, Seigneur,

pour ton Souffle inspirateur

qui a transformé nos vies.

Loué sois-tu d’avoir ouvert nos esprits et nos cœurs

à de nouveaux horizons et de nouvelles initiatives.

Garde-nous toujours sensibles

aux appels d’aujourd’hui et de demain.

 

Simone Perras, s.n.j.m. en collaboration avec l’ÉLP

Appelées à une spiritualité de l’accueil… accueillir la vie dans sa fragilité – Mars 2017

Cette année, la province a mis l’accent sur trois aspects de la spiritualité de l’accueil :

accueillir l’autre et l’événement

accueillir les personnes immigrantes et réfugiées

accueillir la vie dans sa fragilité

Les deux billets spirituels précédents nous ont aidées à approfondir les deux premiers aspects de cette spiritualité et nous espérons que ce billet guidera notre réflexion sur l’accueil de la vie dans sa fragilité.

Nous sommes toutes bien sensibles aux expériences de fragilité et de vulnérabilité présentes dans nos vies personnelles. Par exemple : la perte d’êtres aimés; la diminution de nos capacités; la crainte de la mort ou de la perte de notre autonomie; le sentiment d’inutilité ou de culpabilité. 

Nous sommes aussi touchées par la fragilité des autres, notamment les personnes trafiquées, les sans emploi et sans pouvoir, les victimes des guerres et de la violence. Et nous pouvons être également sensibles à la fragilité de notre Mère la Terre et à l’avenir de notre monde. 

 Toutes ces situations et ces expériences peuvent nous sembler accablantes et nous inciter à vouloir les fuir. Mais qu’est-ce qu’« accueillir la vie dans sa fragilité » peut alors signifier? Voulons-nous vraiment accueillir la vie dans sa fragilité ou, comme le font un si grand nombre de personnes dans notre culture et notre société, préférons-nous penser que la vie devrait toujours tendre vers quelque chose « de plus grand et de meilleur »? Croyons-nous réellement que Dieu peut tirer du mal, le bien ? (Rm 8,28) Est-il vrai que la vie est plus un mystère à vivre qu’un problème à résoudre?

Voyons ce que notre tradition chrétienne pourrait nous enseigner par rapport à l’accueil de la fragilité de la vie. Fr. Richard Rohr, O.S.F., centre beaucoup ses propos sur le défi essentiel, paradoxal et profond du mystère de la croix : 

Dieu peut être trouvé en toutes choses, même dans les choses douloureuses, tragiques et teintées de péché, précisément là où nous ne voulons pas chercher Dieu. Le crucifiement de l’Homme-Dieu est en même temps la pire et la meilleure chose survenue dans l’histoire de l’humanité. […]

Les chrétiens appellent ce modèle « le mystère pascal ». La vraie vie n’advient qu’à travers ces étapes de mort et de renaissance qui nous font découvrir qui est Dieu pour nous. Le lâcher prise est l’essence même de toute spiritualité et transformation réelles. Il est résumé dans cet énoncé mythique : « Christ se meurt. Christ est vivant. Christ revient sans cesse. »

Si nous regardons la vie de Jésus, nous voyons certainement que Jésus a accepté la fragilité de la vie. Il n’a jamais esquivé les expériences de souffrance et de vulnérabilité, comme le souligne si bellement Ronald Rolheiser, OMI: Tel un filtre qui recueille saletés et toxines et ne renvoie qu’une eau pure, ainsi Jésus a pris sur lui la haine pour rendre l’amour; il a subi l’amertume pour rendre la bienveillance; il a souffert la mesquinerie pour rendre la compassion; il a vécu le chaos pour rendre la paix; il a pris sur lui le péché pour rendre le pardon.

Bien que ce ne soit pas facile d’agir ainsi, comme chrétiennes et même comme êtres humains nous sommes mis au défi de le faire. Afin d’accueillir la vie en plénitude, nous sommes appelées, avec l’aide de Dieu, à recevoir notre fragilité, à l’étreindre, à la transformer et, éventuellement, à la rendre autrement : en amour, miséricorde, bénédictions, compassion, bienveillance et pardon.

Les histoires de vie sont nombreuses, elles ne se trouvent pas uniquement chez les personnes bien connues telles Jésus, Mahatma Gandhi ou Helen Keller. Ces personnes ont utilisé leurs fragilités pour aider les autres et donner un sens à leur propre vie. Je pense à des gens que j’ai connus :

  • des membres des AA (Alcooliques Anonymes) qui ont trouvé vie en accompagnant d’autres personnes souffrant de dépendances;
  • une victime d’abus sexuel durant son enfance qui, des années plus tard, affirmait que cette expérience a été une des bénédictions de sa vie parce qu’elle l’a aidée dans son ministère auprès des victimes d’abus sexuels et même auprès des abuseurs;
  • une religieuse qui reconnaît les pertes sans fin, associées au grand âge et à la mort, et qui ainsi aide les autres à accepter sereinement leur propre finitude;
  • une femme qui a expérimenté un rejet. Ce qui l’a amenée à centrer sa vie sur l’accueil des autres.

Même si nous admirons souvent ces personnes, accepter ses propres fragilités est contraire à la « sagesse » contemporaine. C’était aussi en opposition à la sagesse populaire du temps de Jésus. Les béatitudes contenues dans son discours inaugural n’ont pas été comprises et acceptées par les puissants de l’époque : tant les dirigeants civils que religieux. Demandons à Jésus de nous aider à comprendre et à vivre ces béatitudes. Puissions-nous entendre Jésus nous parler à travers cette paraphrase de deux béatitudes :

Bonheur à vous quand vous êtes à bout de souffle. Avec « moins de vous », il y a « plus de Dieu et de son règne » en vous.

Bonheur à vous quand vous ressentez la perte de ce qui vous était le plus précieux… vous pouvez alors reposer entre les bras de l’Être qui vous est le plus cher.  

En vérité, bénies sommes-nous quand nous accueillons la fragilité de la vie.

Bénies sommes-nous quand nous vivons en personnes des Béatitudes !

Soeur Beverley Wattling 

 1. Richard Rohr. Everything Belongs. New York : the Crossword Publishing Company, 2013, 177-178.

2. Ronald Rolheiser. The Passion and the Cross. Cincinnati, Ohio: Franciscan Media, 2015, 54-55.

 3. Eugene H. Peterson. The Message : The Bible in Contemporary Language. Colorado Springs, Colorado: NavPress Publishing Group, 2005, 1334-1335 (Matthew 5: 3-4).

Appelées à une spiritualité de l’accueil… accueil de l’immigrant et du réfugié – Janvier 2017

En octobre dernier, nous avons approfondi, dans le billet spirituel, la spiritualité de l’accueil de l’autre et de l’événement à travers nos expériences de vie ainsi qu’à travers la vie de Mère Marie-Rose et notre Tradition. Dans ce billet, nous abordons l’accueil de l’immigrant et du refugié. 

Depuis quelques années, les médias nous montrent des milliers et des milliers de sans-abri en marche sur les routes de l’Europe. Des millions de réfugiés cantonnés dans des abris de fortune au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs. Des pays ériger des clôtures et des murs pour empêcher les migrants d’entrer chez eux. Au même moment, la vie dans notre société québécoise devient de plus en plus multiethnique, multiculturelle, interreligieuse. Voyons ce que nous dit notre foi face à ces événements. 

 

Apprendre de la vie du peuple de Dieu

Nous nous souvenons de l’histoire du peuple hébreu en esclavage en Égypte où il est opprimé.  Dieu ne peut supporter la misère de son peuple. Il connaît ses souffrances, il descend pour le délivrer du pouvoir des Égyptiens. Il demande à Moïse de faire sortir les Israélites de l’Égypte (Ex 3,7-10; 12,37-42).  Ainsi, répondant à l’appel de Dieu, Moïse se met à la tête de son peuple qui prendra la route du désert et deviendra migrant pendant quarante ans ! Il connaitra la soif, la faim, la perte de sens. Enfin, il trouvera un pays où s’établir mais non sans rencontrer l’adversité !

Pensons à la Syrie, à l’Irak, à l’Afghanistan où la population subit la guerre, où des civils sont tués tous les jours, Dieu ne connaît-il pas la misère de son peuple ? N’est-il pas de son côté lorsqu’il se met en route pour quitter chacun son pays et venir dans le nôtre pour trouver un pays beau et grand qui « déborde de lait et de miel », de paix et de sécurité ?

Dans le Deutéronome, le Seigneur demande de prendre soin de l’étranger, plus que cela, le Seigneur aime l’étranger! Le Dieu grand ne fait point exception des personnes… et fait droit à l’orphelin, à la veuve et à l’étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements…Qu’il soit maudit, celui qui ne respecte pas les droits d’un étranger installé chez vous ! (Dt 10, 17-19;27,19) 

Cette parole de Dieu nous met au défi. Aimer l’étranger. Il nous faut passer par plusieurs étapes afin d’y arriver. Car la différence nous fait souvent peur. La Parole de Dieu nous demande en premier lieu de respecter les droits de l’étranger, son droit à être vêtu, à avoir suffisamment de nourriture pour sa survie, à avoir un logement convenable, à connaître la langue du pays pour une meilleure intégration, à avoir un travail décent qui permet à la personne de vivre une existence confortable, à socialiser, à développer l’estime de soi par une participation à la vie citoyenne. 

Notre société ne permet pas toujours à l’immigrant, à l’immigrante de répondre à ses besoins car elle leur impose plusieurs exigences ou compétences les laissant souvent dans l’insécurité face à l’avenir. 

L’expérience du syrien Talal Touchan, célibataire de 33 ans en témoigne :

À Montréal, ce qui le préoccupe, voire l’obsède, c’est de trouver un emploi dans son domaine, en génie électrique. « C’est presque aussi stressant que l’angoisse de mourir », dit-il. L’avenir lui semble flou; sa vie, instable. Bien que tout paraisse rose au Québec, il continue d’être habité par des sentiments contradictoires. « Parfois, je suis optimiste, je me dis que les choses vont s’améliorer. D’autres fois, non, je me dis que je vais mourir. » 

Nous pouvons à peine soupçonner les difficultés d’intégration de la personne immigrante, mais nous pouvons essayer de nous faire proche et devenir pour elle, une présence aimante sinon rassurante plutôt qu’hostile ou suspicieuse.

Apprendre de la vie de Jésus

Jésus quitte sa condition divine, s’incarne dans notre humanité, se fait l’un de nous :  

« …lequel existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux humains; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix ». (Ph 2, 6-8)

Attitude de grande humilité que celle de Jésus comme pour nous encourager à nous identifier à lui lors de nos rencontres avec l’autre. Issu du peuple juif, il découvre, au cœur de sa mission, des appels à aller à la rencontre d’une autre culture, celle du monde des Samaritains, « en effet, les Juifs ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains » (Jn 4,9). Dans sa longue conversation avec la Samaritaine, il ne craint pas de se révéler et de parler de son Père : « Vous adorerez le Père en esprit et en vérité. »

(Jn 4, 23) 

Jésus a fait tomber beaucoup de barrières. Entre les Juifs et les Gentils, entre les hommes et les femmes, entre les esclaves et les hommes et les femmes libres. N’est-ce pas un appel pour nous à refuser toutes ces barrières qu’on veut ériger contre les migrants ? Comme Jésus, soyons des femmes ou des hommes de la rencontre, de la bienveillance. Ouvrons des brèches, faisons tomber des murs face à l’immigration qui nous fait peur, qui nous déstabilise.  La vie interculturelle n’est-elle pas une nouvelle façon de vivre notre foi ? Cette vie de foi nous aidera à changer notre cœur afin qu’il soit prêt, avec la force de l’amour du Christ, à passer de l’hostilité à la bienveillance, de la suspicion à l’ouverture.

Nous pourrons ainsi, en fidélité à l’esprit des Actes du Chapitre 2016, poser des gestes d’ouverture et des actions significatives envers la personne réfugiée ou immigrante.  Nous opposer aux commentaires racistes, apprendre sur la culture de l’autre, développer des relations significatives avec des refugiés ou immigrants, diversifier les sources de nouvelles ou d’information, tricoter pour un organisme d’aide aux immigrants, faire un don à de nouveaux arrivants ou donner du temps à un organisme d’aide aux immigrants, etc. Ainsi, nous dépasserons nos hésitations et nos lenteurs à accueillir l’étrangère, l’étranger comme une fille ou un fils de Dieu. 

Sœur Claudette Bastien

La spiritualité de l’accueil… accueil de l’autre et de l’événement – Octobre 2016

 Cette année, les billets spirituels nous aideront à réfléchir et à approfondir la dimension de l’accueil dans nos vies personnelle et communautaire. Pourquoi parler d’accueil comme faisant partie de notre spiritualité SNJM ? Pour répondre à cette question, nous chercherons à explorer nos expériences de vie, nous poserons un regard sur la vie de Mère Marie-Rose et nous verrons comment notre Tradition s’est renouvelée dans la fidélité à nos origines.

 

Dans nos expériences de vie

Tout au long de notre vie, nous avons été placées devant des situations qui nous ont amenées à expérimenter une spiritualité de l’accueil. Chaque jour, nous avons de nombreuses occasions de vivre l’accueil de l’autre et de l’événement.

Je vous partage un événement que j’ai eu à accueillir dans ma vie: la réforme scolaire des années 60. Cette réforme a provoqué un développement croissant du réseau des écoles publiques. Ce qui a forcé plusieurs religieuses, dont je suis, à enseigner au secteur public.

À l’occasion de ce changement, j’ai dû m’adapter à un nouvel environnement scolaire, à de nouvelles méthodes d’enseignement. J’ai côtoyé des professeurs laïques que j’ai appris à connaître, avec qui j’ai collaboré. J’ai enseigné à des élèves de différents niveaux d’apprentissage et de toutes conditions de vie. J’ai rencontré des personnes de qui je garde un bon souvenir et à qui je voue une profonde affection. 

J’ai vécu des moments exigeants mais de pur bonheur qui ont marqué ma vie. Par-dessus tout, j’ai acquis une capacité d’adaptabilité et d’ouverture à l’autre et à l’événement qui m’a servi tout le reste de ma vie. Je garde en mémoire des paroles d’Alexandre Jollien qui continuent de m’habiter : « Rencontrer l’autre, c’est aller vers un autre monde. Sortir de soi, de ses repères, de ses carapaces et de ses armures. Sortir des rôles que nous jouons ». 

Et vous, pouvez-vous définir une expérience précise qui a été pour vous un temps de transformation intérieure, d’ouverture et d’accueil ?

Dans la vie de Mère Marie-Rose

Sous l’influence de sa mère, Eulalie apprend très tôt à s’ouvrir aux besoins des autres. Eulalie, dès son jeune âge, s’inquiète du bien-être des autres et veut contribuer à leur bonheur. « Elle savait garder la maîtrise d’elle-même et demeurer courtoise même avec des servantes revêches ou, à l’occasion, avec des sœurs mécontentes ». (Celle qui a cru en l’avenir p. 7)

Marie-Rose Durocher possède l’art d’éduquer fondé sur l’accueil inconditionnel de l’autre et ancré dans une vie de relation faite de confiance et d’amour. Chez elle, il y a cette conviction que chaque personne est unique et profondément bonne.  Son appréciation affectueuse fait exister chacune à ses propres yeux.

La vie de Mère Marie-Rose n’est pas un chemin sans obstacles. Toute sa vie, elle est confrontée à des situations contraignantes. Ses plans sont souvent contrariés, les événements la bousculent mais ils sont pour elle des occasions de mûrissement et d’ouverture à l’imprévisible. 

Marie-Rose Durocher a une perception profonde des besoins de la société et de l’Église de son temps. Sa vision de l’avenir l’aide à faire face aux événements, à affronter les nombreuses difficultés avec foi.  Si des portes se ferment devant elle, d’autres s’ouvrent par la force de l’Esprit et la confiance en la Providence. 

En quoi la vie de notre fondatrice nous inspire-t-elle à vivre des attitudes d’ouverture et d’accueil dans notre quotidien?

Dans notre Tradition

Depuis notre fondation, nos Constitutions et les Actes des Chapitres généraux qui les actualisent nous  interpellent à toujours plus d’ouverture, de dialogue et de collaboration. Ces valeurs expriment différentes facettes d’une spiritualité de l’accueil accordée à notre réalité d’aujourd’hui. Rappelons à notre mémoire certains de ces appels :

Nous sommes appelées à être des femmes d’humanisation

Engagées avec nos contemporains dans un monde fragmenté, nous portons ensemble les questions de notre temps et cherchons des chemins d’espoir et de vie. Nous sommes ainsi amenées à renforcer nos liens et à annoncer la bonne nouvelle d’une vie en voie de libération et de communion.  

« En lien avec tous les humains qui cherchent un sens à leur vie, nous sommes appelées … à créer des rapports d’égalité, de justice et de solidarité, à favoriser le dialogue et à susciter la collaboration ». Actes 2001 

Nous sommes appelées à vivre la réciprocité et l’interdépendance

Dans notre expérience d’interdépendance, nous découvrons la force de nouvelles relations. « Dans un esprit de réciprocité, [nous nous accueillons les unes les autres], accueillons la richesse d’un monde pluriel et partageons le don de notre charisme ». Actes 2006

 

À l’aventure avec l’Esprit, puissions-nous « agir avec audace et liberté en élargissant nos cercles de collaboration, en imaginant notre mission sous un jour nouveau, mission ouverte pour le bien du monde, de l’Église et de toute la Terre ». Actes 2016

Ces appels trouvent-ils un écho dans notre vie ?

Le Royaume de Dieu est présent au milieu de vous, dit Jésus (Luc 17,21). Notre mission n’est-elle pas de révéler Dieu présent au cœur de nos communautés et de notre monde? Le Royaume s’approche de nous, advient, chaque fois que nous posons des gestes d’accueil, de partage et de paix. « Le Royaume se fait proche chaque fois que nous nous aimons dans nos diversités, à la manière de Jésus ».

Sœur Denise Riel