Frappier Yolande – Aller à la rencontre de sœurs et de frères venu (e)s d’ailleurs…

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… une mission enrichissante

Appelée à donner de nombreuses formations au sein de plusieurs organismes dont l’Internoviciat de Montréal, l’Institut de formation théologique  de Montréal et l’Institut de pastorale des Dominicains, Sr Yolande Frappier a une feuille de route impressionnante en accompagnement psycho-spirituel. Dans ses divers groupes, elle a néanmoins vécu un virage avec la présence d’une majorité de personnes venues de partout dans le monde.

Sr Yolande Frappier illustre les nombreux défis auxquels elle est confrontée,  dans sa mission, depuis une dizaine d’années. En classe, dans un exercice d’écoute, un étudiant venu du Vanuetu lui dit : «  Vous nous demandez de parler intimement avec une autre personne. Dans mon pays, on ne fait jamais cela. On ne connaît pas l’expression s’écouter l’unl’autre. »

Pour elle, c’est une nouvelle réalité qui l’oblige à chercher comment accueillir l’autre dans ce qu’il comprend et dans ce qu’il ressent. Tous ces jeunes rêvent d’un certain parcours académique. Il lui faut donc répondre à leurs demandes, leurs exigences et les aimer avec bienveillance pour soutenir les efforts qu’ils déploient dans la poursuite de leurs buts.

« Créer de nouvelles stratégies »

Son premier défi a été d’adapter sa pédagogie à la diversité des cultures rassemblées dans ses classes. Il lui a fallu trouver des façons d’illustrer des concepts pour qu’ils soient compréhensibles à des personnes qui n’ont pas les mêmes références culturelles que nous.

Au contact de cette grande diversité culturelle dans ses divers groupes, Sr Yolande Frappier a été amenée à créer de nouvelles stratégies pour comprendre ce qui fait vibrer ces personnes. En parallèle, plusieurs prises de conscience se sont imposées. L’une d’entre elle fait référence à la place prédominante de la culture. « C’est fascinant de voir comment la culture familiale et sociale imprègne la pensée et l’agir des individus. »

Consciente que la culture du père prédomine, Sr Yolande Frappier a dû parfois choisir de ne pas intervenir auprès d’une étudiante qui relatait un geste « répréhensible » mais soutenue par les croyances fondamentales de sa culture. Sr Yolande Frappier admet qu’on « ne peut aller contre la culture ».

« Admirer la beauté de leur personne »

Ces rencontres interculturelles multiples sont sources de défis, mais aussi d’émerveillement et de belles découvertes. Accompagnant des jeunes sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception (MIC), Sr Yolande Frappier est enthousiaste devant leur désir de découvrir leur personnalité et  de bâtir des liens fraternels afin d’assurer un avenir meilleur. «  Je les admire », dit-elle. « Elles consentent à creuser dans les blessures de leur vie et à chercher comment retirer une grâce de ces blessures sans en faire un fardeau pour toute la vie. Elles ont ce rebondissement psychologique et spirituel qui leur permet de faire la vérité et de les amener au-delà de la lourdeur ressentie. »

Son travail auprès de diverses organisations l’entraîne également à découvrir de nouvelles avenues et/ou à développer et à explorer des approches diversifiées dans un contexte d’interculturalité.

« Un vécu qui nourrit »

Dans un ministère qui l’amène à se réajuster constamment et à vivre de nouveaux recommencements, Sr Yolande Frappier porte le souci de présenter de nouveaux repères à ces personnes. « Ce qui m’émerveille, c’est ce que je reçois de ces personnes. À leur contact, des interrogations surgissent en moi et m’incitent à évoluer dans mes perceptions, à réfléchir sur des questions dans un contexte plus large, même mondial, que je ne l’aurais fait si je n’avais pas été plongée dans ce monde interculturel. »

Sr Yolande Frappier approfondit sa réflexion en ajoutant : « Le contexte interculturel construit en moi, un autre niveau de sensibilité au vécu de l’autre. La plupart de ces personnes ont eu à subir de rudes épreuves, malgré leur jeune âge. J’en fais une « source de vie » dans ma propre histoire. Bref, ce qui me dynamise ce n’est pas tant le contenu présenté que le vécu relationnel où se croisent la réalité du don et du recevoir. Voilà ce qui me fait vivre. »

Sr Yolande Frappier n’ose pas penser à la journée où elle devra arrêter ce mouvement. Elle se dit prête à trouver de nouvelles façons pour poursuivre son parcours.

« C’est une grâce et un privilège de rencontrer une telle diversité de cultures dans un groupe-classe, de croire que je puisse leur offrir un contenu substantiel et adapté à leurs besoins et à leurs aspirations. »

Elle conclut sur ces mots : « Ce vécu aux multiples facettes me nourrit, m’apporte une richesse en constante ébullition, me propulse à la découverte de l’autre, venu d’ailleurs. C’est le partage d’un « élan vital » sans frontières. »