Les SNJM toujours actives contre la traite humaine 

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Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM) sont toujours aussi engagées pour arrêter la traite humaine. C’est ce qu’ont confirmé par leur témoignage, Sr Joanne Pundyk (Brésil) et Sr Ana Maria Vilca Mamani (Pérou) lors de la rencontre virtuelle du Comité SNJM Justice et Paix du Québec, le 1er février dernier.

Les deux religieuses œuvrent activement au sein de leur réseau national de lutte contre la traite des personnes et les abus sexuels. Ce phénomène, connu également sous le vocable « esclavage moderne », touche principalement des femmes et filles que l’on déplace de zones en zones et même hors de leur pays.

Si le Brésil a connu d’importants progrès jusqu’en 2015 avec la mise en œuvre notamment, de trois plans d’action contre la traite, rien ne bouge depuis l’élection du gouvernement actuel. La corruption fait en sorte que les informations de la police coulent aux trafiquants qui s’en tirent constamment. « Il y a très peu de cas de traite qui se rendent aux tribunaux », déplore Sr Joanne Pundyk qui souligne malgré tout, la collaboration étroite de la police fédérale avec les autorités internationales.

Éduquer et prévenir

Une des sept membres fondatrices du réseau national « Un cri pour la vie » créé en 2007, Sr Joanne souligne que le Brésil est un pays « exportateur de la traite et un pays de passage. » On estime qu’il y a au moins 10 000 femmes et filles qui sont victimes de traite de personnes par année dans le pays même si l’on ne tient pas de statistiques officielles sur ce sujet. On fait également venir des femmes et des filles principalement de la Bolivie et du Pérou. La majorité des victimes proviennent du Nord et du Nord-Est du pays, là où on retrouve pauvreté et tourisme.

Le réseau national mis en place par la Conférence des religieuses du Brésil rejoint des sœurs et des personnes laïques. Il est composé de 24 noyaux actifs dans 26 états du pays. Les efforts de tous les membres du Réseau sont concentrés en éducation et prévention pour éliminer à la source, le problème de la traite.

Au-delà des rencontres mensuelles et annuelles pour partager les connaissances et les expériences, les membres continuent de se former sur le sujet avant de préparer du matériel d’éducation et de sensibilisation. La distribution s’effectue auprès des enseignants-es, des professionnels de la santé, des employés du secteur public, des paroisses et autres organismes de la société civile. Des actions plus ciblées sont réalisées auprès des chauffeurs de taxi et du personnel des hôtels. « L’attention des chauffeurs de taxi est bonne. Certains nous remercient même de leur ouvrir les yeux sur ce problème auxquels ils n’avaient pas conscience », mentionne Sr Joanne.

Les actions de sensibilisation se multiplient également par l’entremise des médias sociaux, surtout en temps de pandémie où il est plus difficile de réaliser des actions directes sur le terrain. Les rencontres d’échanges entre les membres du réseau s’effectuent également en virtuel désormais. « Nous terminons toujours nos rencontres par un moment de prières et de chants pour nous donner la force et le courage de continuer notre travail acharné », raconte Sr Joanne qui a fondé, avec une autre personne, le noyau de Maceió, une ville située dans l’une des régions touristiques les plus recherchées.  Elle a assumé la charge de coordonnatrice pendant cinq ans de ce noyau au sein duquel elle œuvre toujours activement.

Situation similaire au Pérou

Le Pérou et le Brésil partagent la même attitude culturelle à l’égard des femmes perçues comme un objet que l’on peut vendre et acheter. « Les gens croient que les femmes l’ont cherché lorsqu’on soulève la question de la traite », admet Sr Ana Maria Vilca Mamani, présidente du Réseau national Red Kawsay contre la traite des personnes. Ce réseau, fondé en 2015, travaille étroitement avec des réseaux similaires en Argentine, au Paraguay et en Uruguay.

Le Réseau du Pérou est soutenu par 33 congrégations religieuses avec la présence de 44 sœurs actives. Red Kawsay travaille sur quatre axes : représentation | sensibilisation et prévention | accueil des personnes victimes de la traite | défense des droits et travail de collaboration.

Les constats sont tout aussi lourds au Pérou où l’on constate une recrudescence de cas avec une tendance à recruter des femmes et des filles de plus en plus jeunes. Les quelques statistiques disponibles révèlent que 81 % des victimes de la traite dans ce pays sont des femmes. 40 % de ces victimes sont âgées entre 12 et 17 ans.

Peu de condamnations

60 % des victimes de la traite sont prises dans le cercle vicieux de la prostitution alors que 35 % des autres sont dirigées vers le travail forcé. Le dernier 5 % implique diverses situations. Sans surprise, on découvre qu’il y a une concentration de cas à Lima, capitale du pays avec 12 M de personnes. La jungle, avec la présence accrue de travailleurs des mines, est un autre pôle majeur.

Entre juin 2020 et février 2021, il y a eu 31 opérations permettant de sauver 437 personnes victimes de la traite, se réjouit Sr Ana Maria. Malgré ce succès, le combat est ardu. Les lois péruviennes exigent des preuves flagrantes à toutes les étapes du processus judiciaire. À cela s’ajoute la corruption, qui comme au Brésil, permet aux trafiquants d’obtenir des informations privilégiées. Il n’est donc pas simple de condamner les dirigeants de la traite de personnes.

La situation n’est pas plus facile pour aider les victimes de la traite à s’échapper de l’emprise des trafiquants. « Les victimes restent traumatisées à vie », mentionnent en chœur Srs Joanne et Ana Maria. Cette dernière déplore d’ailleurs le peu d’aide de l’État envers les ressources pour permettre aux victimes de réapprendre à vivre normalement. Les budgets minimaux assurent principalement la présence de six communautés d’accueil avec très peu de services.

En parallèle, les victimes peuvent également compter sur quelques maisons additionnelles gérées par des congrégations religieuses. Ces dernières assument la majorité des frais avec un soutien minimal du gouvernement local ou du ministère.

Répondre aux besoins

Tout comme au Brésil, le réseau Red Kawsay concentre ses énergies sur la prévention et l’éducation pour contrer les messages « séducteurs » des trafiquants. La tâche se complexifie pour joindre les personnes plus vulnérables dont le cas des femmes réfugiées du Venezuela (un million de réfugiés) qui se retrouvent de plus en plus dans la ligne de mire des trafiquants.

Les membres du réseau distribuent du matériel de sensibilisation partout où il est possible de le faire, y compris directement aux maisons.  Avec le souci de mieux répondre aux diverses réalités, des personnes de Red Kawsay sont allées visiter quelques lieux autour des mines dans la jungle afin de trouver les meilleures façons de venir en aide à ces populations.

En tant que coordonnatrice du réseau Red Kawsay, Sr Ana Maria participe aux rencontres de son groupe local, national et international.

Bref, 18 ans après l’adoption de leur prise de position collective pour contrer la traite des personnes (2004), on retrouve des SNJM qui poursuivent le combat avec d’autres un peu partout dans le monde, y compris au Québec (avec le CATHII créé voilà 16 ans) et aux États-Unis.