Aller à la rencontre des femmes autochtones… pour s’enrichir au contact des unes et des autres

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« Nous avons intérêt à mieux nous connaître parce que je crois fondamentalement que chacun-e peut s’enrichir au contact l’un-e de l’autre », a mentionné avec ferveur, la conférencière invitée du comité Justice et Paix SNJM – Québec, Nicole O’Bomsawin. Artiste multidisciplinaire (danse, conte, musique) ayant une formation en anthropologie et en muséologie, Madame O’Bomsawin est reconnue pour son militantisme en faveur de la diffusion et de la protection de la culture traditionnelle abénakise.

Les propos de cette digne représentante de la nation Abénakise sont venus appuyer la démarche autour du thème de cette année des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM), « Aller à la rencontre… ». Tout au long de son intervention, Madame O’Bomsawin a fait ressortir subtilement l’importance de mieux faire connaître l’histoire des autochtones et leurs réalités actuelles.

Contrer les impacts du fossé culturel

Soulignant l’actuelle bataille sur la Loi C-92 qui accorde aux peuples autochtones le pouvoir de s’occuper de la protection de la jeunesse, la conférencière a parlé de l’expérience des Attikameks qui ont pris en charge leurs jeunes. Elle a aussi fait ressortir les difficultés des autochtones qui se retrouvent souvent pris entre deux chaises (entre le fédéral et le provincial) pour régler des situations qui sont profondément humaines.

L’exemple d’une famille d’accueil offrant une chambre seule à un enfant autochtone alors qu’il est habitué à coucher avec plusieurs personnes dans la même pièce, faute d’espace dans les maisons autochtones, illustre bien ce fossé culturel. Dans ce dossier particulièrement sensible, les peuples autochtones souhaitent obtenir ce pouvoir de s’occuper de leurs propres enfants avec tout le soutien pertinent.

Une situation de génocide

Dans son survol sur les suivis et les résultats de cette enquête nationale, Madame O’Bomsawin a signalé la difficulté de faire consensus entre la volonté de trouver des coupables d’un côté et celle de comprendre ce qui a amené la disparition et l’assassinat de 1200 femmes autochtones. Au fil des témoignages parfois troublants et souvent surprenants, s’est profilé une conclusion qui a fait l’effet d’une bombe dans l’actualité canadienne : les femmes autochtones ont été victimes d’un génocide.

Insistant sur la nécessité de proposer un soutien financier et psychologique aux familles qui vivent avec ces disparitions, la conférencière abénakise a apporté des précisions « lorsqu’on ne peut retrouver le corps, on ne reçoit pas d’aide financière. Le deuil est aussi beaucoup plus difficile à faire. »

Dans la foulée des 92 recommandations de la Commission Viens (Québec) qui a pris fin en septembre 2019 et de la centaine d’autres de la commission fédérale, présentées en juin 2019, Nicole O’Bomsawin témoigne des impacts positifs de cette vaste consultation.

Des retombées positives

Outre une sensibilisation accrue à la cause des femmes autochtones, elle constate une plus grande collaboration entre la police et l’Association des femmes autochtones. Un policier agit comme agent de liaison entre les femmes autochtones et le milieu policier. Une formation sur la culture autochtone a été intégrée à la formation des élèves policiers à l’Institut de police de Nicolet. Le temps de réaction des policiers dans les cas de disparition est beaucoup plus rapide.

L’approche de sensibilisation devrait s’étendre au monde de l’éducation soutient la conférencière. « Il faudrait refaire les manuels scolaires pour bien faire connaître l’histoire des Premières Nations et mieux outiller les enseignants sur la réalité actuelle des peuples autochtones. »

Tout en déplorant le manque d’écoles et d’hôpitaux pour les autochtones, Nicole O’Bomsawin parle d’une belle victoire pour contrecarrer le Principe de Jordan. « Jordan est un enfant qui est mort sans jamais avoir obtenu les soins nécessaires, faute d’entente entre qui devait payer ces soins. Aujourd’hui, on soigne, on offre les services adéquats et on règle la question des coûts, par la suite. »

La conférencière a permis d’aller à la rencontre de la réalité des peuples autochtones et de faire découvrir une autre histoire de la Création… Elle a d’ailleurs terminé son intervention en jouant du tambour et en interprétant un chant qui donne du courage.

La prochaine rencontre du comité Justice et Paix SNJM (Québec) portera sur la Marche mondiale des femmes, édition 2020.

Quelques liens pour en savoir davantage :